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Cyclope
Le livre de la mort et de la merde

Catherine Dessalles

Collection Les Sœurs Océanes n°2
ISSN 1776-6494
format : 21 x 10,2 cm
120 pages
ISBN 2-915412-54-5

Edition courante : 12 euros
Exemplaire(s)
Edition de tête :
30 exemplaires
numérotés de I à XXX,
signés par l'auteur et présentés dans un emboîtage
50 euros
Exemplaire(s)



p54-55 extrait

La mort n’existe pas, il y a les mots des vivants pour rappeler les absents.

La nuit tombe, encore. Le jour décline à ma fenêtre et l’obscurité qui grandit m’emmène dans cette nuit qui est la tienne désormais. Dans ce petit coin de terre, de l’autre côté de la colline, où tu es enfermé, comme je le suis dans ce jour qui s’en va. Je voudrais te rejoindre. Mais ce petit coin de terre brune me résiste aussi. Devant ce piquet qui porte ton nom et ton prénom et ces deux dates, c’est toujours le masque jaune et cireux de la mort que je vois. Où est ton visage ?

En cinq jours, le masque des morts est tombé sur ton visage.

Le jour où ils ont posé le couvercle et vissé les écrous avec de grandes manivelles rutilantes, tu m’as fait peur. Impossible de te reconnaître, et pourtant cette image fugitive de toi, que mes yeux n’ont rencontrée qu’une seule fois, je ne peux l’oublier, elle m’obsède et, comme si elle avait ce pouvoir maléfique d’effacer tous tes vivants visages de ma mémoire, elle s’impose en maîtresse impitoyable. Dix années de mémoire avalée, réduite à une seule image morbide. Image du mort. Où est ton visage ?
Ma vie avec toi, devenue un rêve, partie en fumée, fracassée contre cette dernière image de toi mort, réduite à ce visage d’étranger, le visage de ceux qui, nez pincé, yeux scellés, enfoncés, teint de terre, ne vivent plus avec nous.
Tous les morts ont ce visage-là. Ceux que j’ai vus avant toi te ressemblaient.
Où est ton visage ?
Tous les morts se ressemblent et nous ne les reconnaissons plus.
Où est ton visage ?

26 janvier 2002
La mort n’existe pas, et ceux qui disent le contraire sont des menteurs. La mort n’est qu’un mot et derrière ce mot, il n’y a rien, plus rien. Tu le sais bien, toi qui n’as pas voulu parler de ta mort, à moi qui n’ai pas osé rompre ce silence et forcer ta volonté.

On ne peut pas parler de la mort avec les vivants.

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